Homélie pour la Messe de saint Michel au 1 er RTP
28 septembre 2007
Debout ! Accrochez ! » L’ordre vient de retentir dans l’avion. L’adrénaline monte d’un coup et la concentration avec. Chaque para s’ébroue, donne un coup de coude à son voisin qui a réussi à s’assoupir malgré le bruit et la moiteur dans la carlingue et essaie, tant bien que mal, de se relever, empêtré dans cette fichue gaine qui entrave ses mouvements. Néanmoins, il parvient vaille que vaille à se mettre debout et à saisir la SOA que lui tend son camarade derrière lui pour l’accrocher sur la tringle qui court tout au long de la soute. Intérieurement, il repasse dans sa tête toutes les étapes du saut.
Dans quelques instants, lorsque la lumière verte va s’allumer et la sonnerie retentir, notre homme va se mettre en marche, en marche vers la porte qui a été ouverte, cette porte qui donne sur le vide et il va la franchir. Qu’il soit le colonel commandant le régiment ou le jeune EVAT qui sort de sa FGI, il va la passer cette fichue porte, se projeter dans le vide après avoir donné la SOA au largueur. Il va faire ce geste fou aux yeux de beaucoup –y compris de sa compagne ou de sa femme qui tremble à chaque fois qu’elle le voit partir le matin avec son casque et son sac-à-dos bien emprisonné dans la gaine. Pourtant il va le faire, une fois de plus, une fois encore. Et pas seulement parce qu’il n’a pas froid aux yeux, pas seulement par goût du risque ou du dépassement de soi. Pas seulement parce que de toutes façons il n’a pas le choix et qu’il a tous les copains derrière qui attendent leur tour, et qu’il y a une mission à accomplir. Il va le faire parce qu’il est para, parce que c’est sa mission, parce qu’il est payé pour çà !
Il va le faire aussi parce qu’il sait que s’il suit bien toutes les consignes, tout va bien se passer. Il a confiance. Le para est celui qui –par excellence– fait confiance Et c’est parce qu’il a confiance qu’il va oser se jeter dans le vide. Avez-vous déjà calculé le nombre de personnes à qui l’ont fait confiance quand on passe la portière à 300 mètres de hauteur ? A ceux qui ont conçu les parachutes et qui les peaufinent en permanence, ceux qui les ont testé et essayé, ceux qui les replient, les conditionnent. Je fais confiance à ceux qui, dans le stick, ont vérifié à plusieurs reprises mon équipement, tout comme au gars qui, en bas, indique la force du vent. Je fais confiance au pilote qui, en principe, ne devrait pas me balancer sur une ligne de bois, au largueur qui va tenter de juguler le troupeau qui se précipite vers la porte de sortie et qui va m’aider à faire une bonne sortie. Et je mets ma confiance dans le parachutiste qui se jette par la porte de l’autre côté et qui ne va pas venir se ficher dans mes suspentes ou se glisser sous mon pépin. Ça en fait du monde tout çà, du monde en qui je mets ma confiance. Et pourtant vous savez que, parfois –pas très souvent, mais ça arrive– il y a erreur humaine qui fait que tout un stick se retrouve branché ou que ça tape un peu durement au sol parce qu’il y a des rafales qui n’avaient pas été prises en compte. Ou alors, un gars qui tractionne vient se ficher sous ma voile. Oui, ça arrive parce que l’homme est faillible, l’homme peut se planter. Bien sûr, il n’y avait pas la volonté de mal faire mais le résultat est là.
Hé bien, croire en Dieu, c’est la même chose : c’est faire confiance. Confiance et foi ont la même racine latine fides. Avoir la foi, c’est placer sa confiance en Dieu et en Son Eglise, c’est accepter de croire que Dieu nous a aimé au point de mourir sur la Croix pour nous en Jésus. C’est, dès lors, accepter de mettre mes pas dans les pas de Dieu, de suivre Son chemin, de faire de Lui un compagnon de route et de bivouac. Et là où les hommes parfois se plantent, se trompent, Dieu, Lui, sait parfaitement ce qu’Il fait. C’est vrai que « Ses chemins ne sont pas nos chemins » mais je sais que je peux mettre « mon espoir dans le Seigneur : je suis sûr de Sa parole » Et nous, para, nous devrions même être un peu plus croyants que les autres. Et pas seulement parce que nous faisons un truc de dingue en quittant volontairement un avion en parfait état de marche que ce soit à 300m ou 4000m du sol, mais bien plus parce que notre saint patron, Michel, est de ceux qui voient le Seigneur face à face et Le servent avec promptitude et générosité. [Je vais vous raconter une anecdote –je vous fais confiance : elle ne sortira pas de la BP ! Un jour, un capitaine d’un des deux régiments de la garnison de Tarbes, commandant son escadron ou sa batterie (je reste volontairement discret parce que j’ai repéré dans l’assemblée un cadre du 35 ème RAP), vient me trouver et me demande à l’improviste : « Padre, est-ce que c’est normal de prier quand on est dans l’avion et qu’on s’apprête à sauter ? » Et là, vous qui êtes dans l’assemblée, vous vous dîtes : « Zut ! C’est exactement ce que je fais moi aussi quand je suis dans la carlingue ! » Bien sûr que c’est normal : nous invoquons notre saint patron, celui qui contemple Dieu, celui qui avec ses ailes est descendu du ciel pour combattre le mal. Alors, très simplement, avec nos mots à nous, nous lui disons : « Moi aussi, je vais combattre le mal, saint Michel ! Permets que mes ailes à moi, ma voile, me porte jusqu’au sol pour que je puisse remplir ma mission et que je le fasse avec cœur, avec âme ! » ] Alors, sachons imiter celui qui veille sur nous et nous protège à chaque fois que retentissent à nos oreilles ces mots : « Debout, accrochez ! » Que saint Michel soit à nos côtés, que nous soyons une « vieille suspente » qui a raccroché le béret rouge depuis de nombreuses années ou un toute jeune EVAT, à peine arrivé au régiment, et qu’il nous aide à mieux connaître ce Dieu qu’il sert. A mieux aimer ce Dieu qui a donné Sa vie pour nous sur la Croix. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen
Père Gaetan de BODARD